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Claire, Musette aux shampooings gabonais

Claire, Musette aux shampooings gabonais

Passer d’une vie à mille à l’heure à un rythme plus calme…

Trouver un petit coin de plage, avoir plus de temps , se recentrer sur sa famille…Voilà qui pourrait nous donner des explications sur les expériences d’expatriation de Claire. Après avoir vécu et aimé vivre à Dubaï, bien loin des clichés, notre Musette a su s’adapter à sa nouvelle vie au Gabon…Un retour à la nature 

Invitation au voyage…

Claire, tu es nouvelle venue chez les Musettes, peux-tu nous dire où tu vis et pourquoi ? 

Je vis au Gabon, à Port-Gentil. C’est la deuxième ville du pays après Libreville, la capitale.  C’est une petite ville (moins de 150 000 habitants) mais la plus active du pays économiquement.

C’est grâce au travail de mon mari que nous arrivés au Gabon. ! On lui a proposé de prendre la direction de la plus grosse filiale de son groupe, c’était une super expérience pour lui et nous avons décidé ensemble de saisir cette opportunité de faire une deuxième expat ! Nous sommes installés dans le quartier de la Sogara, près du bord de mer et de la plage, c’est un peu loin du centre-ville mais tellement agréable d’avoir un accès à la plage directement à pieds !

Tu avais donc déjà été expatriée auparavant ?

Oui ! Nous avons vécu 7 ans à Dubaï juste avant d’arriver au Gabon au mois d’aout 2019. C’était une super expérience. Nos 3 filles sont nées à Dubaï et j’ai pu y travailler à un poste que je n’aurais jamais eu en France. L’état d’esprit aux Émirats Arabes Unis est incroyable, il y a une énergie, une dynamique presque enivrante, c’est très motivant, on te donne ta chance ! Contrairement à ce qu’on pourrait penser, être une femme n’est pas un frein aux EAU, tant qu’on a envie et qu’on est compétente, tout se passe très bien !

Le niveau de service auprès de jeunes enfants est génial (Nannys, écoles etc.). Mais après 7 ans de cette vie à 1000 à l’heure, nous avions envie de changer, de passer plus de temps en famille et aussi de nous rapprocher de la nature. Le Gabon était donc une super opportunité pour nous, même si cela a été un gros choc à l’arrivée !  

Qu’est-ce-qui t’a décidé à te lancer dans l’entrepreneuriat en arrivant au Gabon ?

J’avais cette envie depuis un moment. J’avais déjà travaillé sur un projet à Dubaï, mais le coût de la vie étant très élevé, je n’avais pas sauté le pas. Financièrement, je ne pouvais pas prendre ce risque à Dubaï.

Il m’est donc apparu évident de saisir l’opportunité de cette nouvelle aventure au Gabon pour concrétiser ce projet que j’avais depuis déjà longtemps.

Quel secteur d’activité as-tu choisi ?

La cosmétique, car c’est ma vie ! j’ai toujours travaillé dans ce secteur, je le connais très bien et je l’adore. Pour moi c’est une vocation que j’ai eu assez tôt , développer des produits cosmétiques c’est ma passion. Je crois que créer ma marque un jour, c’est quelque chose qui devait arriver. J’en avais assez de développer des produits qui ne me faisaient pas rêver. J’avais envie de trouver du sens à mon travail et d’y mettre mes valeurs profondes., c’est donc venu naturellement.

 

Un projet qui force au respect

 

 

 

AKIBE, pourquoi ce nom ?

Ma marque c’est AKIBÉ. J’ai mis un moment à trouver le nom. Je voulais un nom qui évoque l’Afrique et surtout qui ait un sens. Un soir, j’ai pris le dictionnaire Fang-Français que j’avais trouvé sur internet et j’ai “brainstormé” pendant plusieurs heures avant de tomber sur AKIBÉ.

AKIBÉ signifie Respect en Fang, un des principaux ialectes du Gabon. Cela colle parfaitement aux valeurs de mon projet et en plus, c’est facile à dire et à écrire. Ne restait qu’à vérifier la disponibilité du nom de domaine, des réseaux sociaux et du nom à l’INPI et Go !

Pour la petite anecdote, un jour, j’ai rencontré un monsieur Fang qui m’a fait beaucoup douter : selon lui AKIBÉ n’existait pas dans sa langue ! J’ai eu de gros doutes et remis en cause presque tout le projet… Plus tard, on m’a dit qu’il y a avait de nombreux sous-dialectes et que selon les ethnies, certains mots pouvaient ou non exister. Le Fang est une langue principalement orale.

Quels sont les principes qui ont guidés ta démarche d’expat-preneuse ? 

Je pense que le nom dit tout, finalement. Le RESPECT,

  • De la nature avant tout avec des produits solides éco-responsables utilisant des matières premières naturelles disponibles localement au maximum.
  • De l’homme en faisant travailler des femmes localement, en les aidant à transformer leur activité informelle de production et vente d’huiles et beurres sur les marchés locaux en une activité plus stable, rémunératrice pour elles et avec un meilleur contrôle de la qualité de leurs produits.
  • Des consommateurs en leur proposant une transparence presque totale sur tous les choix de la marque. Car je pense qu’aujourd’hui, trop de personnes sont obligées de s’en remettre à des applications ou des labels plus ou moins fiables et sérieux car l’industrie a trop tiré sur la corde du marketing par le passé. Je veux remettre les consommateurs au centre et arrêter tout ce « bullshit marketing » que j’ai moi-même pratiqué de trop longues années.

Je n’ai pas la prétention de changer le monde, mais juste d’apporter une petite pierre.

Quelles ont été les étapes du développement de ton activité ?

En fait, AKIBÉ est né dès l’annonce de notre départ de Dubaï (je n’avais pas trouvé le nom à ce moment-là). J’ai tout de suite anticipé et acheté à mes fournisseurs de Dubaï le matériel dont j’aurais besoin et j’ai mis tout ça dans notre container familial. Ensuite, durant tout l’été, j’ai écouté énormément de podcasts Business (Les Musettes, Entreprendre dans la mode, Commencer, le Gratin) pour apprendre un maximum de choses et commencer à bâtir ce qui allait être AKIBÉ. Et j’ai aussi fait pas mal de veille marketing sur les marques qui se lançaient dans mon secteur cible. Cela m’a permis d’arriver en Septembre en sachant déjà bien où je voulais aller.

Lors de mes premières rencontres, sur la plage de Port-Gentil, j’étais en mesure de répondre à la sempiternelle question « et toi, tu fais quoi ? »  

– « Je suis en train de créer ma marque de cosmétiques solides made in Gabon ».

 Le pitch de base était là et cela m’a ouvert quelques portes et valu pas mal d’encouragements !

C’est justement ces femmes qui étaient déjà là depuis un moment qui m’ont donné les informations et les bons contacts pour créer ma structure. Grace à elles, j’ai été mise en relation, de fil en aiguille avec les productrices avec qui je travaille.

Ensuite, comme je voulais faire quelque chose de sérieux, j’ai travaillé avec une graphiste freelance et un développeur web pour créer mon site (www.akibe.fr) . En revanche, j’ai choisi de ne pas déléguer les réseaux sociaux (@akibe.fr)  pour le moment afin d’être sure de maitriser l’identité et les valeurs de la marque et d’avoir un contact direct avec mon audience.  

Comment l’as-tu développé ? 

Au niveau du temps, je dirais que j’ai mis à peu près 9 à10 mois entre l’idée et le lancement. Les premiers mois au Gabon, je n’ai pas beaucoup avancé car j’avais déjà beaucoup à faire pour adapter la famille à ce nouveau pays.

En Mars, j’ai été obligée de décaler le lancement à cause du COVID : j’avais prévu de lancer début Avril mais cela tombait vraiment mal ! J’ai donc préféré prendre le temps et attendre que les choses se calment pour donner toutes ses chances à mon projet.

Je n’ai pas encore acheté de local. Comme le projet était déjà dans nos cartons à notre arrivé, nous avions choisi une maison qui a une petite annexe que j’ai pu aménager en laboratoire/atelier. Ce n’est pas très grand (12m2 environ) mais cela me suffit pour le moment. Si les ventes sont au rendez-vous, à l’automne je prendrais peut-être un petit local et une personne pour m’aider à fabriquer les shampoings.

Pour les démarches administratives, la création de la société a été plutôt facile. Pour le moment, j’ai pris un statut d’auto-entrepreneur qui ne présente pas trop de lourdeurs administratives. J’ai eu quelques errances notamment pour obtenir l’agréement pour importer certaines matières premières d’Inde mais cela s’est plutôt vite résolu grâce toujours aux conseils de mon réseau. A posteriori, je suis plutôt surprise de ne pas avoir eu plus de soucis administratifs que ça, mais ce n’est probablement pas fini, j’en aurais d’autres !

Etre entrepreneur même à l’étranger, c’est toujours se former.

Qu’as-tu appris grâce à cette expérience en tant qu’expat-preneuse ? 

J’apprends encore tous les jours ! je n’ai pas fini, j’en suis au tout début. Mais je crois que le plus important est de savoir que s’il y a un jour sans, il y aura probablement un jour avec bientôt. Les hauts et les bas, cela fait partie de la vie d’entrepreneur, il faut juste les accepter !

Quelle est la part des réseaux sociaux dans ta vie professionnelle ?

En ce moment, cela me prend beaucoup de temps ! Je lance le projet 3 Juin, c’est donc le moment critique pour communiquer sur AKIBÉ.

Et la communication c’est clairement mon point faible ! Je suis ingénieure de formation, très pratique et terre à terre, faire rêver les gens, ce n’est pas dans ma nature …Pour apprendre, j’ai beaucoup lu de blogs et écouté de podcasts sur le marketing et la communication.

Au début du projet, j’ai voulu m’associer avec une copine qui a une grosse compétence en communication, mais cela ne s’est pas fait. Après ça, j’ai pensé à déléguer la communication à une agence car je n’arrivais pas à me lancer seule. Finalement j’ai décidé de gérer seule mes réseaux sociaux et je suis plutôt fière du résultat. Et surtout, j’adore apprendre de nouvelles choses ! Mais cela a aussi un coté extrêmement frustrant, passer un temps fou à créer des posts intéressants qui ne seront vus que par une cinquantaine de personnes, c’est dur, mais il faut s’accrocher et se donner le temps je pense.

Comment as-tu reconstruit ton nouveau réseau ?

J’ai mon ancien réseau professionnel en France et à Dubaï qui me permet de bien avancer et de trouver des connections. Même localement, certains de mes contacts français m’ont parlé d’amis gabonais qui pourraient peut-être m’aider etc. etc. . De fil en aiguille, c’est comme cela qu’on est finalement mis en relation avec la bonne personne.

Je crois que j’ai appris ça à Dubaï : il faut oser demander ! Pour moi qui suis réservée et timide, c’est difficile, mais il faut le faire. J’avais appris ça d’un Podcast écouté cet été et je l’ai appliqué dès mon arrivé en présentant tout de suite mon projet : plus j’en parlais, plus je l’affinais et plus les portes s’ouvraient !

Si je devais donner un seul conseil à quelqu’un qui veut se lancer c’est : “parles en autour de toi !”,  cela ne t’apportera que du bon !

Et puis, il faut prendre son temps, c’est un peu contradictoire avec le temps des réseaux sociaux mais c’est important pour moi. L’important n’étant pas le nombre mais la qualité du réseau.

Qu’est-ce que tu retiendrais de la mentalité entrepreneuriale au Gabon ? 

Ici au Gabon, c’est compliqué ! Il y a peu de jeunes entrepreneures, cependant on n’a pas besoin d’être nombreuses pour s’entre-aider, c’est peut-être la force de ce type de petite communauté : tout le monde se connait, les infos circulent vite et en un rien de temps, tu es mise en relation avec les quelques entrepreneuses du coin !  @marie_micasaestucasa ; @oyibo_wax

Et puis, je crois que j’ai pris la culture entrepreneuriale de Dubaï ! Là-bas, c’est l’effervescence avec des pépinières de start-ups et des conférences gratuites faciles d’accès. C’est très valorisé. Je pense que c’est cet environnement qui a fait germer la graine chez moi ! Je rencontrais beaucoup de jeunes entrepreneurs dans mon ancien boulot, j’étais chargée de les guider techniquement, donc je vivais l’aventure un peu avec eu par procuration.

Lancer son entreprise en étant à l’étranger, à ton avis est-ce un défi compliqué ?

Oui et non. Je pense que si nous étions restés en France, je n’aurais probablement jamais lâché un job et une carrière pour prendre tous ces risques. Finalement, être “expat” c’est apprendre à s’adapter et à prendre des risques, sur tous les points de la vie et ce sont les qualités qu’il faut pour entreprendre.  Je pense que les deux vont très bien ensemble ! A ce jour, je ne sais pas si AKIBÉ va marcher comme je le souhaite, mais ce qui est sûr, c’est que quoi qu’il arrive, j’aurais appris beaucoup et je me serais enrichie de cette expérience !