Bonjour Domitilla ! Tu es une maman expatriée, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Je suis Domitilla de Laporte-Biebuyck, maman de 4 enfants expatriés depuis leur naissance (de 8 à 16 ans) et orthophoniste en ligne pour les patients francophones ou plurilingues  expatriés.

Après plusieurs expatriations (et notamment 9 ans en Asie, à Tokyo puis Singapour), nous vivons actuellement tout à fait à l’ouest de l’Allemagne, dans la jolie ville de Dresde (entre Berlin et Prague), où nous avons suivi mon mari qui a été muté ici! 😉

Apparemment tu es une habituée de l’expatriation ?  

Oui ! Je me rends compte que je suis finalement « expatriée » depuis mon  enfance  😉
Je suis née en Belgique, mais j’ai grandi en France. Apres mes études et mon mariage, nous avons régulièrement vécu à l’étranger l:
De 2000 à 2002, j’ai vécu à Londres (Angleterre).
Puis de 2002 à 2007 aux Rousses (Jura, France).
Ensuite de 2007 à 2010 à Tokyo (Japon).
Apres de 2010 a 2016 a Singapour,
Et maintenant en Allemagne, depuis 2 ans !

Comment s’est passée cette nouvelle expatriation pour ta famille ?

Nous sommes arrivés à Dresde il y a presque 2 ans. Grâce à l’école internationale (en anglais), les enfants n’ont pas eu trop de difficultés à surmonter  pour s’intégrer. En revanche, pour moi qui ne parle pas la langue allemande, cela a été beaucoup plus long pour trouver mes marques ! Il fait bon vivre en Saxe, car c’est un endroit où les choses sont bien organisées (transport en commun, hôpitaux, etc), il y a des pistes cyclables partout, beaucoup d’espaces verts… c’est parfait pour des familles.

Tu es orthophoniste d’origine, comment as-tu transposée ton métier dans ta vie d’expatriée ?

L’idée m’est venue assez vite et simplement: il s’agit de poursuivre mon métier d’orthophoniste,  mais avec d’autres outilsCertains patients m’avaient demandé de poursuivre avec eux à distance, je les remercie… car c’est eux qui nous ont donné l’impulsion de départ pour créer une structure légale et un poste en ligne pour  pouvoir recevoir. A ce titre, la technologie est vraiment au service du patient; la relation en  visioconférence est très efficace! Je suis déjà partie pour n’avoir que de belles rencontres! 

Les enfants qui grandissent à l’étranger et / ou sont plurilingues ont besoin d’être accompagnés par des personnes spécialisées. Un enfant monolingue ne se rééduque pas de la même manière qu’un ETC. « Un enfant de troisième culture » .( « Un Enfant de Troisième Culture une personne qui a passé une partie importante de ses années de croissance dans une culture autre que celle de ses parents. Elle développe des relations avec chacune de ces cultures et s identifie dans une certaine mesure avec elles, mais elle ne se considère pourtant pas comme faisant intégralement partie d elles. Même si différents éléments de chaque culture s assimilent à son expérience et influencent son système de valeurs et son mode de vie, son sentiment d appartenance va vers ceux qui ont un vécu semblable au sien » Dr David Pollock et la Dr Ruth Van Reken)

Quel est le déroulé d’une séance d’orthophonie en ligne ?

La séance d’orthophonie en ligne est la version digitale de l’orthophonie classique. On établit une relation ‘en tête à tète ’via Skype / ou autre moyen de visioconférence selon les pays. Cela renforce même l’attention puisque l’écran enlève beaucoup de distractions. Elle est utilisée depuis de nombreuses années en Amérique du Nord et elle se développe aujourd’hui également en Europe et en Asie.

Presque tous les troubles peuvent être traités en visio-consultation ! Cela dépend principalement de la motivation du patient, et de l’implication du parent dans le cas du jeune enfant.

J’aime beaucoup travailler les troubles du langage oral en général (l’émergence du langage chez les petits, les troubles articulatoires, retards  de parole/langage, dysphasies, le bégaiement, les troubles du spectre autistique, les handicaps divers, les troubles d’origine neurologique), mais également les troubles du langage écrit (notamment la dyslexie/dysorthographie).

Je suis ravie aussi d’accompagner des patients plurilingues et leurs familles (je peux faire de l’accompagnement parental en anglais si besoin).

Je réalise en pratique, que même avec les plus jeunes, on arrive a faire du bon travail… l’écran les attire, mais surtout il y a une vraie relation humaine qui se crée… et c’est ca qui est super !

Il va de soi que tout ce qui se dit lors des séances reste confidentiel, tout comme en face a face. Au niveau pratique, les patients n’ont pas  besoin de matériel incroyable (juste un ordinateur ou une tablette, avec une connexion wifi), c’est moi qui leur fourni le matériel nécessaire à leur séance en partageant mon écran en direct. Il m’arrive d’envoyer des documents a imprimer si besoin. Le patient doit idéalement se trouver dans une pièce calme. Je demande aux parents, surtout si l’enfant est jeune, de veiller à ce qu’il ne soit pas distrait. Par exemple : éteindre la télé, cacher les i-pads et occuper les frères et sœurs dans une autre pièce.

Cette séance sera ainsi SON moment ! Les patients préparent chez eux des feuilles, éventuellement des feutres ou crayons de couleur… et surtout leur bonne humeur.

Je dis souvent que le langage doit véhiculer des informations, mais aussi du plaisir   Les séances aussi !

Comment as-tu développé ton projet ?

J’ai demandé à une agence de relocation de m’aider à ouvrir un cabinet (avoir un numéro d’immatriculation, un identifiant pour les taxes). Ensuite, j’ai eu l’aide précieuse d’un ami webmaster/coach qui m’a plus qu’assisté au démarrage en me mettant en ligne le site  www.domidelaporte.com

Je suis membre de plateformes de rééducation orthophonique (qui fonctionnent sur licence ou abonnement mensuel), je me suis fait imprimer des cartes de visite… bref tout ce qu’il faut au démarrage d’un cabinet ? Je dirais que tout cela a pris un peu moins de 6 mois… mais je dirais que j’ai peu perdu de temps car j’étais très motivée !! (et ne parlant pas allemand, j’étais assez peu sollicitée ici en local, sauf par ma famille !) ?

Que retires-tu de ton expérience au niveau professionnel, insertion dans le pays…?

L’insertion dans le pays n’a pas été forcement facile au début, notamment a cause de la barrière de la langue. C’est peut être cela aussi qui m’a aidé à me focaliser d’autant plus sur la création de mon cabinet au final !! ? Je suis RAVIE de ce nouveau tournant professionnel !

En quelques mots ton parcours professionnel…

  •  2016 à 2017 : lancement de mon activité d’ orthophonie en ligne et participation au réseau  Eutelmed 
  •  2011 à 2016 : orthophoniste dans le centre Kaleidoscope Therapy Center à Singapour, en charge des bilans et rééducations auprès de patients francophones du Lycée Français de Singapour, mais aussi auprès d’enfants multilingues des écoles locales ou internationales, ou issus de couples mixtes. 
  • 2003 à 2007 : orthophoniste salariée au sein d’un IME (Institut Medico-Educatif de Saint-Claude, Jura), auprès d’enfants et d’adolescents handicapés mentaux (orthophoniste responsable de la SEES, Section d’Education Spécialisée, et de la SIPFP, Section d’Insertion et de Première Formation Professionnelle). Travail en équipe pluridisciplinaire et nombreux contacts avec des partenaires (SESSAD, CMPP, médecins et paramédicaux, éducateurs, familles…).
  • 2003 à 2005 : activité libérale en cabinet d’orthophonie (rééducations très variées), complétée par une activité salariée à l’I.M.E. de Saint-Claude. 
  • 2002 : professeur de français au Club Petit Pierrot à Londres
  • 2000 à 2001 : institutrice assistante au sein d’une classe de Moyenne Section/Grande Section à l’Ecole des Benjamins de Londres. 

 

As-tu une organisation particulière pour assurer l’équilibre  activité professionnelle et vie personnelle ?
Comme beaucoup de mamans qui travaillent, j’ai parfois l’impression de courir … mais ça tient jeune, non ? 😉
J’ai la casquette d’orthophoniste (gestion des RDV, consultations, rédaction de comptes-rendus, lien avec les familles, comptabilité, etc.), mais aussi celle de maman (RDV scolaires et / ou médicaux, cours, cuisine, rangement, lessives, et autres réjouissances) 😉
Blague a part, j’ai la chance d’avoir une très grande maison, avec un cabinet en annexe. Grâce au décalage horaire, je vois beaucoup de patients en Asie, ce qui me fait travailler en matinée et début d’après-midi) ;je prends peu RDV, en soirée pour pouvoir m’occuper des enfants
Un peu sur le tas, j’ai appris à m’organiser …  Ma vie est sportive, mais je crois que j’aime ça !

… et une recette à partager ?
Des gaufres pour le goûter bien sûr !!! Nos amis à Singapour avaient rebaptisé notre maison : WAFFLES PLACE…Ça fait plaisir à tout le monde, petits comme grands, il ne faut que de la farine, du beurre, des œufs, du lait, un peu de levure ou bière, et hop le tour est joué !! (Avec un bon moule à gaufres bien chaud) … Quelques   garnitures     sympas ne gâchent rien
La recette ici
Tu as néanmoins quelques « instants bonheurs » de Musette ?
J’en ai de nombreux ! Avec le temps (et peut être le passage de la quarantaine ?), je réalise que je « kiffe » un peu plus les moments simples ; un café (même en visioconférence) avec quelqu’un de sympa, un rayon de soleil sur mon trajet, un moment de cuisine ou de jardinage, un sauna (on est en Allemagne !!), des vacances en famille !
…et des sorties culturelles préférées, seule ou en famille ?
J’aime visiter les expositions locales autour de chez moi : peinture / sculpture / théâtre, tout m’intéresse a priori, et je suis rarement déçue ! Je crois que j’aime rencontrer des gens passionnés par ce qu’ils font, peu importe dans quel domaine ! La passion, c’est contagieux, ça fait vibrer !
La semaine dernière, j’ai assisté à un spectacle de danse corporelle costumée pour enfants… C’était dans un château magnifique sur les bords de l’Elbe… je n’ai pas compris grand-chose, mais je me suis réjouie de la belle musique et des visages réjouis de mes enfants qui passaient un bon moment avec leurs copains 😉
Y-a-t-il un évènement culturel dans ta ville/région que tu conseillerais ?
Elbhangfest ; le festival de l’Elbe en début d’été Les gens sont détendus, on joue de la musique partout, les terrasses des restaurants sont ouvertes, et l’ambiance est familiale / festive.
Instant culturel : peux-tu me citer un de tes tableaux ou livres préférés ?
Pour les tableaux… j’aime les paysages, ou les tableaux abstraits avec des couleurs vives et assorties de manière harmonieuse. Je me rends compte que ce que j’ai au mur chez moi doit toujours avoir une histoire : soit je connais personnellement le peintre, le dessinateur, le photographe, soit je l’ai acheté à un endroit qui a du sens à mes yeux (au profit d’une association caritative, un photo-montage de famille ou amis, un achat de vacances).
Mes livres préférés sont ceux qui mettent des mots précis sur ce que je pense ou ce que je vis en ce moment… par exemple : « Les enfants expatries » de Cecile Gylbert, mais il y en a bien d’autres ! Je commence à lire de plus en plus d’ouvrages de pédagogie / multilinguisme / expatriation en anglais, car les anglo-saxons ont une vision de ces thématiques assez large et intéressante je trouve.
Pour en savoir plus sur le livre de Cécile Gylbert : Les enfants expatriés : Enfants de la Troisième Culture

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